{"id":175,"date":"2025-06-06T12:39:25","date_gmt":"2025-06-06T10:39:25","guid":{"rendered":"https:\/\/finesthour.eu\/?p=175"},"modified":"2025-06-06T15:25:26","modified_gmt":"2025-06-06T13:25:26","slug":"175","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/finesthour.eu\/?p=175","title":{"rendered":""},"content":{"rendered":"\n<p>Monsieur Kaufer gisait dans sa baignoire comme un vieux flan jauni. Il avait l&rsquo;air plus calme maintenant. Il s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9battu, d\u00e9battu encore, avec ses bras maigres, \u00e7a avait \u00e9t\u00e9 p\u00e9nible, moulinet \u00e0 gauche, moulinet \u00e0 droite, glissade, couinement, tentative de sortie de la vasque, glissade, il avait fallu lui faire le coup du lapin pour qu&rsquo;il arr\u00eate, tac, sur la nuque, silence. Il lui avait expliqu\u00e9 pourtant, \u00e0 un moment, il faut accepter, arr\u00eater de lutter, un peu de d\u00e9cence quand m\u00eame, tous ces souvenirs, ces voyages accumul\u00e9s, ces photos de petits enfants partout, \u00e7a suffisait, il avait eu plus que son d\u00fb. Mais c&rsquo;\u00e9tait toujours la m\u00eame chose, ils ne voulaient pas que \u00e7a s&rsquo;arr\u00eate. J\u00e9r\u00e9mie Landau, agac\u00e9, sortit son petit carnet, griffonna les donn\u00e9es de service, puis le remit dans sa poche. Il resta ensuite un moment \u00e0 regarder ses chaussures, laisser la contrarit\u00e9 redescendre, plant\u00e9 dans cette salle de bain qu&rsquo;il ne connaissait pas. On n&rsquo;imagine pas la force que peuvent conserver les vieux, \u00e7a rend le travail compliqu\u00e9, \u00e7a ne prend que quelques minutes mais ils r\u00e9sistent toujours, l&rsquo;\u00e9nergie vitale, Schopenhauer, quelque chose. Il leva la t\u00eate, du carrelage jaune couvrait les parois du sol au plafond, un petit m\u00e9canisme de ventilation encrass\u00e9 tournait en vrombissant au-dessus d&rsquo;un lavabo pale. Les maisons qu&rsquo;il d\u00e9couvrait avaient toutes de ces int\u00e9rieurs moches et color\u00e9s, de quoi vous retourner l&rsquo;estomac, tapisserie \u00e0 motifs, moquettes, tout \u00e7a vous mettait dans un \u00e9tat de f\u00e9brilit\u00e9 anxieuse. Int\u00e9rieurs d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration sans doute, celle qui arrivait en zone d&rsquo;atterissage. On ne pouvait pas nier une influence r\u00e9gionale aussi, c&rsquo;est s\u00fbr, l&rsquo;architecture d\u00e9gueulasse, la laideur vert sombre qui baignait les paysages, un effet montagne. C&rsquo;\u00e9tait transnational, l&rsquo;effet montagne, de la plaine du Zollfeld jusqu&rsquo;au lac L\u00e9man \u00e7a vous demontait une civilisation, vous retournait les hommes \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de taupes, voir jusqu&rsquo;\u00e0 la prochaine cr\u00eate en plissant les yeux, suffisant, suffisant, et encore est-ce bien n\u00e9cessaire, de voir jusqu&rsquo;\u00e0 la cr\u00eate, on \u00e9tait bien en fond de vall\u00e9e, l\u00e0, les pied dans la boue. Il avait \u00e9t\u00e9 mut\u00e9 dans la r\u00e9gion devant des dizaines d&rsquo;autres pourtant, il y avait des gens qui voulaient venir ici, c&rsquo;\u00e9tait \u00e0 peine croyable. Pourquoi lui avait accept\u00e9 de venir, en revanche, \u00e7a, ce n&rsquo;\u00e9tait pas clair, on ne l&rsquo;avait pas forc\u00e9. Apr\u00e8s un dernier regard \u00e0 Monsieur Kaufer, qui ne bougeait d\u00e9cid\u00e9ment plus, J\u00e9r\u00e9mie Landau se d\u00e9cida \u00e0 s&rsquo;en aller. Il passa dans le couloir, voleta sur le carrelage brun, et, furtivement toujours, poursuivit jusq&rsquo;au vestibule de l&rsquo;entr\u00e9e o\u00f9 un petit tronc d&rsquo;arbre d\u00e9pourvu d&rsquo;\u00e9corce servait de pied de lampe et prenait la poussi\u00e8re \u00e0 cot\u00e9 de la commode du t\u00e9l\u00e9phone. Il frissonna et ouvrit la porte d&rsquo;entr\u00e9e vitr\u00e9e. Dehors, il pleuvait \u00e0 verse \u00e0 travers une lumi\u00e8re grise. La voiture \u00e9tait l\u00e0, tranquille. Elle prenait l&rsquo;eau sans trembler. Il sautilla dans la pelouse en essayant d&rsquo;\u00e9viter les flaques, passa le portail et se pr\u00e9cipita dans le v\u00e9hicule en faisant claquer la porti\u00e8re derri\u00e8re lui. Les sourcils gouttant sur le volant, il allait d\u00e9marrer lorsqu&rsquo;il pensa au chien. Le chien, o\u00f9 pouvait-il \u00eatre, le chien. Il ne faudrait pas l&rsquo;\u00e9craser en partant, cet animal. Avec son pelage jaune, il lui avait fait peine \u00e0 voir, en arrivant. Non que la couleur jaune f\u00fbt en soi un d\u00e9savantage pour un chien mais lui avait un museau aplati qui lui donnait, en plus, un regard triste. Il rouvrit la porti\u00e8re et fit le tour du v\u00e9hicule pour v\u00e9rifier qu&rsquo;il ne s&rsquo;\u00e9tait pas couch\u00e9 sous le chassis ou devant les roues, la flotte redoublait, non, rien, pas de chien. Il se tourna un peu pour essayer de voir \u00e0 travers les gouttes, \u00e0 travers le gris. Et il \u00e9tait l\u00e0, le titus, couch\u00e9 sous un sapin plant\u00e9 devant la porte-fen\u00eatre du salon, il le fixait avec son regard triste la t\u00eate pos\u00e9e sur les pattes. Pourquoi avaient-ils plant\u00e9 ce sapin si pr\u00e8s de la porte-fen\u00eatre, \u00e7a n&rsquo;allait pas, \u00e7a coupait la lumi\u00e8re. Vu sa taille, il avait au moins trente ans cet arbre, des ann\u00e9es \u00e0 se couper la lumi\u00e8re, M. Kaufer, \u00e0 vivre dans l&rsquo;obscurit\u00e9 du carrelage marron et du tronc-pied de lampe. On lui avait rendu un beau service, quand m\u00eame, avec cette auto-saisine. Landau alluma une cigarette, il s&rsquo;\u00e9tait accroupi avec le chien sous le sapin et regardait les toits de la vall\u00e9e \u00e0 travers la pluie, \u00e7a faisait des petits carr\u00e9s de rouge sombre qui flottaient dans du gris.\u00a0\/\u00a0Le chien bougea en premier, une patte s\u2019\u00e9tire, une autre, b\u00e2illement, tout \u00e0 coup, il \u00e9tait relev\u00e9 et se dirigeait vers la voiture, l\u2019eau sur le poil, son petit poil fris\u00e9 jaune, les coussinets dans la boue. Il s\u2019assit devant la voiture et regarda ailleurs. Les toits disparaissaient dans le brume qui se levait, comme dans tous les fonds de vall\u00e9e, elle finit toujours pas se lever, cette brume, et plus rien n\u2019existe que ce n\u00e9ant blanc qui fait mal au yeux et colle au lit. Il \u00e9tait d\u00e9bout depuis cinq heures, malgr\u00e9 les id\u00e9es de brume qui collent au lit, \u00e9viter les embouteillages \u00e0 la douane, les frontaliers. Il s\u2019\u00e9tait allong\u00e9 devant la porti\u00e8re, il allait s\u2019en mettre de partout, de la boue, ce con, s\u2019il croyait qu\u2019il allait monter de toute fa\u00e7on, il se fourrait le doigt dans l\u2019oeil, Landau aimait beaucoup les chiens, mais ce n\u2019\u00e9tait pas sa voiture, et ce n\u2019\u00e9tait pas son chien, il n\u2019allait pas l\u2019emmener, non, il pouvait se gratter, qu\u2019est ce qu\u2019il croyait, il le voyait venir, avec son air sympathique et son regard par en-dessous, non, non. Ils \u00e9taient \u00e9nervant ces animaux \u00e0 percevoir sa gentillesse, c\u2019\u00e9tait toujours la m\u00eame chose, non, lui, il \u00e9tait m\u00e9chant, il voulait \u00eatre m\u00e9chant, pas de faiblesse pour la vie. Monsieur Kaufer gisait dans sa baignoire comme un vieux flan jauni et il fallait se d\u00e9cider \u00e0 partir maintenant, brume ou pas, chien ou pas, on l\u2019\u00e9crase, le chien, il ne vient pas. Il \u00e9tait sorti de dessous le sapin \u00e0 son tour, m\u00eame parcours, l\u2019eau sur le poil, pieds dans la boue, il traversait la pelouse. Il enjamba le chien, non tu ne viens pas, qui restait couch\u00e9, ouvrit la porti\u00e8re et s\u2019assit. Le chien avait un peu relev\u00e9 la t\u00eate, avec son regard triste dirig\u00e9 faussement ailleurs. Landau mit la cl\u00e9 dans le contact, attendit. Il regardait devant lui la fa\u00e7ade de la maison de monsieur Kaufer, dossier III.5, 92 ans, retir\u00e9 \u00e0 9 heures 24 par strangulation classique le 7 mars, sur auto-saisine de l\u2019administration. Il attendait encore lorsque le chien sauta dans la voiture et alla se coucher sur le si\u00e8ge avant passager, non sans lui avoir au pr\u00e9alable march\u00e9 sur les cuisses avec ses pattes pleines de boue. Landau d\u00e9marra. On n\u2019est pas toujours qui on croit. \/ Apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9pingle, il \u00e9tait sur la d\u00e9partementale, on n&rsquo;y voyait rien, la brume \u00e9tait mont\u00e9e, la voiture sentait le chien. A droite, la maison de monsieur Kaufer s&rsquo;\u00e9loignait, ses deux \u00e9tages, ses sapins, c&rsquo;\u00e9tait son cinqui\u00e8me atterissage depuis le d\u00e9but du mois, avant il y avait eu madame Moenne-Loccoz, madame Perissin, madame Gilloz, madame Hudry, surepr\u00e9sentation normal, les femmes, leur long\u00e9vit\u00e9. Il pensa \u00e0 sa m\u00e8re, m\u00e9chante, m\u00e9chante comme un pie, avec sa robe de chambre bleue et ses petits gestes rapides. Le chien avait repos\u00e9 sa t\u00eate sur ses pattes, qu&rsquo;il avait bien train\u00e9es partout sur le si\u00e8ge, c&rsquo;\u00e9tait tout salop\u00e9, un v\u00e9hicule de service, le sagouin. Vu de pr\u00e8s, comme \u00e7a, avec le jaune sali et ses petites oreilles, il tenait du phacoch\u00e8re. Madame Moenne-Loccoz, Perissin, Gilloz, Hudry. Avec le programme, vous n\u2019avez pas le choix, vous allez dispara\u00eetre. La question porte sur le moment, \u00e9ventuellement le lieu, mais c\u2019est bien tout. Vous \u00eates tranquille, \u00e0 respirer, \u00e0 vivre, \u00e0 voir des enfants courir dans cette cour, l\u00e0, peut-\u00eatre, ou \u00e0 regarder un arbre \u00e0 l\u2019horizon, et apr\u00e8s vous n\u2019\u00eates plus l\u00e0. Le programme est efficace.\u00a0<br>Sur le route, les sapins d\u00e9filaient comme des ombres dans la brume, des bras tentaculaires de partout, allumer les veilleuses quand m\u00eame, il ne s&rsquo;agirait pas d&rsquo;\u00e9craser quelqu&rsquo;un, une petite vieille, eh eh, humour d&rsquo;agent atterisseur. \/ Des petites vieilles en vadrouille, il n&rsquo;y en avait certainement pas beaucoup, de toute fa\u00e7on, ici, avec ces maisons isol\u00e9es dans les paturages, personne ne devait sortir, aucun vieux, et des jeunes, il n&rsquo;y en avait plus, l&rsquo;agriculuture c&rsquo;\u00e9tait fini, tranquille le chien, tu arr\u00eates, ils \u00e9taient descendus dans le bourg, pour embaucher \u00e0 l&rsquo;aci\u00e9rie, ou \u00e9taient partis pour de bon de cet enfer, quelle brume, nom de dieu, Ugine, des cours d&rsquo;eau, des montagnes, trois fonds de vall\u00e9e qui se croisent, autortoute pour le suicide. Monsieur Kaufer, non, pas de suicide du tout, et Ugine pas plus qu&rsquo;ailleurs en fait, un taux normal, il avait v\u00e9rifi\u00e9, autour de treize pour cent mille, les donn\u00e9es \u00e9pid\u00e9miologiques \u00e9taient formelles, Darees et autres, du s\u00e9rieux, avec un pic \u00e0 cinquante pour cent mille pour ceux de la zone d&rsquo;atterissage quand m\u00eame, on comptait l\u00e0-dessus, lors de la cr\u00e9ation du programme, l&rsquo;administration avait compt\u00e9 la dessus, pour ne pas recruter trop, et rester dans les limites du raisonnable, question fin, on n&rsquo;allait pas d\u00e9cimer des villages entiers sur d\u00e9cision administrative. Monsieur Kauffer, pas de suicide, non, il avait fallu s&rsquo;en charger donc, le cinqui\u00e8me dossier du mois de mars, Monsieur Kaufer, qui n&rsquo;y avait pas coup\u00e9, \u00e0 l&rsquo;usine, malgr\u00e9 des bons d\u00e9but dans l&rsquo;existence, des d\u00e9buts d&rsquo;aventure, c&rsquo;\u00e9tait marqu\u00e9 dans son dossier, Landau b\u00e9n\u00e9ficiait d&rsquo;une documentation exhaustive pour les atterissages. Il avait eu vingt ans pendant la guerre, le service du travail obligatoire, la fuite dans les bois, un peu de r\u00e9ception de parachutages et puis l&rsquo;incoporation dans l&rsquo;arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re, l&rsquo;Allemagne, l&rsquo;aventure (les petites p\u00e9p\u00e9es hi hi). Mais il avait choisi de rentrer, le con, le con de Monsieur Kaufer, pour une vache ou deux, une femme, et alors ce fut le recallage par l&rsquo;edf, l&rsquo;usine, Landau avait \u00e9t\u00e9 constern\u00e9, le chien s&rsquo;\u00e9tait assis et regardait par la vitre, de la boue s\u00e9ch\u00e9e dans les oreilles. \/ Et ces virages aussi, il n&rsquo;y avait pas id\u00e9e, troisi\u00e8me, seconde, on ne savait jamais, le sous-r\u00e9gime syst\u00e9matique en sortie de courbe, r\u00e9trograder, acc\u00e9lerer, encore, il traversait le bourg haut \u00e0 pr\u00e9sent, c&rsquo;\u00e9tait \u00e9tonnant ce village, il y avait le centre historique un peu en hauteur et la ville basse s\u00e9par\u00e9e, n\u00e9e autour de l&rsquo;aci\u00e9rie et de la rivi\u00e8re sans doute, on \u00e9tait entre les deux maintenant, les virages avaient recommenc\u00e9. Est-ce que \u00e7a pouvait avoir le mal des transports, un chien\u00a0? Il le regarda du coin de l&rsquo;oeil, voir s&rsquo;il n&rsquo;avait pas le teint cireux, des renvois, quelque chose, ce n&rsquo;est pas facile de savoir si un chien a la naus\u00e9e. Non, il s&rsquo;\u00e9tait aplati de nouveau sur le si\u00e8ge, le titus, une chaussette, il en avait sans doute eu marre de finir la truffe dans la porte \u00e0 chaque coup de volant, mais il avait l&rsquo;air serein, respiration l\u00e9g\u00e8re, patte souple, \u0153il vif. Monsieur Kaufer, il les avait parcourus pendant des d\u00e9cennies, ces virages, pour descendre \u00e0 l&rsquo;usine depuis cette maison du haut, jusqu&rsquo;\u00e0 la retraite, et puis il s&rsquo;\u00e9tait accroch\u00e9, accroch\u00e9 et accroch\u00e9 encore. Madame Kaufer \u00e9tait morte depuis des ann\u00e9es, il ne voulait pas la rejoindre. C&rsquo;est le minist\u00e8re qui avait fait descendre le dossier, les auto-saisines, c&rsquo;\u00e9tait trait\u00e9 par Paris, plus d\u00e9licat que la saisine par la famille ou par la cible elle-m\u00eame, le circuit de validation du dossier \u00e9tait renforc\u00e9. Mais il ne fallait pas encombrer non plus, sinon, c&rsquo;\u00e9tait bien la peine, de lancer le programme, de franchir un pallier, si c&rsquo;\u00e9tait pour le vider de son efficacit\u00e9 derri\u00e8re par des mesures d&rsquo;application trop strictes, commission coll\u00e9giale au sein de la direction de la s\u00e9curit\u00e9 sociale, validation par un juge et zou, papi mami, no\u00ebl, c&rsquo;est fini. Ils longeaient la riv\u00e8re maintenant, la voiture, le chien et lui, un bonne petite voiture, la Savoie, aurevoir pour aujourd&rsquo;hui. \/ Le lac \u00e9tait l\u00e0. C&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 moins oppressant, \u00e7a s&rsquo;ouvrait, les montagnes se d\u00e9gonflaient en flanc de coteaux, la brume aussi, en flanc de rien elle, malgr\u00e9 l&rsquo;eau, on voyait les barques sommeiller sur la rive entre les joncs, avec les canards, les cygnes, ces m\u00e9chantes b\u00eates, qui trainaient, et tous ces petites villages naus\u00e9abonds, leurs \u00e9glises, pleines de catholicisime alpestre, sentiments et supertition, il ne fallait pas s&rsquo;attarder ici. Il y avait cet autre dossier \u00e0 traiter dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi aussi, avant de rentrer au bureau. On \u00e9tait dans un p\u00e9riode de stakhanovisme de l&rsquo;atterissage, il le sentait, \u00e7a s&rsquo;acc\u00e9lerait, certains jours il fallait en faire plusieurs, aujourd&rsquo;hui deux, matin et apr\u00e8s midi, juste le temps de manger un morceau le bord du lac. On avait trop train\u00e9, avec ces d\u00e9bats \u00e0 n&rsquo;en plus finir sur l&rsquo;euthanasie, les r\u00e9sistances qui all\u00e8rent avec, les religions, la fin volontaire, elles n&rsquo;aimaient pas, et ce fut l&rsquo;\u00e9chec, pas de loi, on avait perdu du temps. Les vieux s&rsquo;\u00e9taient accumul\u00e9s, entretemps, des tr\u00e8s vieux, progr\u00e8s de la m\u00e9decine et absence de loi, effet de ciseaux, le d\u00e9ficit de la s\u00e9cu partait en vrille, on ne pouvait plus se le permettre, de laisser tous ces gens vivre au del\u00e0 du raisonnable. Le chien venait de faire un petit bruit, pffl. Landau tourna la t\u00eate, non, pas de vomi, il se l\u00e8che une patte. Peut-\u00eatre qu&rsquo;il avait p\u00e9t\u00e9. \/ Duingt, le ch\u00e2teau est l\u00e0, coinc\u00e9 entre la route et le lac. Il commen\u00e7ait \u00e0 le conna\u00eetre ce trajet, dix-huit mois d\u00e9j\u00e0 depuis la d\u00e9but du programme, l&rsquo;arriv\u00e9e dans le r\u00e9gion, dix-huit mois de tourn\u00e9es en voiture, tout Rh\u00f4ne-Alpes, des kilom\u00e8tres et des kilom\u00e8tres aval\u00e9s, et en Savoie plus qu&rsquo;ailleurs, avec la perte de vitesse \u00e9conomique, le veillissement de la population plus prononc\u00e9e. Et la r\u00e9sistance de l&rsquo;alpin aussi, les gens des montagnes, ils r\u00e9sistaient plus, \u00e7a devait \u00eatre l&rsquo;air pur, l&rsquo;odeur des sapins, la polenta, l&rsquo;altitude, ils restaient cramponn\u00e9s dans leurs fermes, \u00e0 bouffer des chata\u00eegnes, \u00e0 aller \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise le dimanche, \u00e0 se d\u00e9placer increvables dans leurs costumes, ralentis, le visage ferm\u00e9. La Haute-Savoie, \u00e7a d\u00e9roulait un peu plus d\u00e9j\u00e0, question d\u00e9c\u00e8s, avec la pollution due au transport routier, l&rsquo;agitation touristique, l&rsquo;activit\u00e9, ce n&rsquo;est pas bon pour les personnes \u00e2g\u00e9es. Regarde le lac, le chien, regarde comme il est beau, sous la flotte, on dirait du goudron. Quel pays. Et sa m\u00e8re qui \u00e9tait l\u00e0, dans t\u00eate, dans le coin, elle aussi dans sa maison cramponn\u00e9e, sa m\u00e8re des montagnes, elle l&rsquo;enterrera c&rsquo;est s\u00fbr. De toute fa\u00e7on il ne va pas s&rsquo;en occuper, non, la famille on ne fait pas, c&rsquo;est comme chez les m\u00e9decins, les avocats, toutes ces professions o\u00f9 on n\u00e9gocie dans le d\u00e9licat, les intimes on ne fait pas. Sa m\u00e8re, avec son petit regard vicieux, ses petites dents. C&rsquo;est pour \u00e7a qu&rsquo;on l&rsquo;avait envoy\u00e9 ici, bien s\u00fbr, il y \u00e9tait n\u00e9, le malchanceux, dans ce trou \u00e0 lacs, dix-huit ans de purgatoire, \u00e0 faire du ski de fond les mercerdi apr\u00e8s-midi, avec des mont\u00e9s, des mont\u00e9es, des bus, des naus\u00e9es, des savoyards, des sapins, de pantalon de fuseaux, des gants, des bonnets, de grandes bouff\u00e9es d&rsquo;Alpes. Et alors, qu&rsquo;est-ce que \u00e7a changeait, il connaissait les routes, les villages, les maisons dans les for\u00eats, il ira plus vite, c&rsquo;est \u00e7a, qu&rsquo;ils s&rsquo;\u00e9taient dit, au personnel\u00a0?, mais va beh, bande de cons, cons du personnel. Peu importe, il devait rentrer au pays de toute fa\u00e7on, pour s&rsquo;en occuper, de la robe de chambre bleue, pour l&rsquo;aider \u00e0 vivre s&rsquo;entend, c&rsquo;est un comble, elle commen\u00e7ait \u00e0 d\u00e9cliner s\u00e9v\u00e8re, la pie. \/ Le goudron s&rsquo;\u00e9talait \u00e0 plus soif, apr\u00e8s le ch\u00e2teau, de l&rsquo;eau, de l&rsquo;eau, on attaquait de nouveaux petits villages herbeux en bas de pentes qui \u00e9pousaient la rive. Des vieux, des chats, des familles. La r\u00e9alit\u00e9, parfois, c&rsquo;est trop. Landau carressa la queue du chien (mais qu&rsquo;est ce qu&rsquo;il me veut, ce con, devait penser le chien, pensa Landau). La famille, c&rsquo;est trop, \u00e7a l&rsquo;avait mis dans tous ces \u00e9tats, la famille, raquette de tennis, la t\u00e9l\u00e9, paf, la t\u00e9l\u00e9. Bon, son p\u00e8re \u00e9tait mort maintenant, tout va bien. Le lac continuait de d\u00e9filer avec ses vaguelettes absurdes et ses oiseaux mauvais, quelques montagnes le regardaient depuis l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, c&rsquo;\u00e9tait piti\u00e9. Et la brume qui revenait, bont\u00e9 divine. Passer au supermarch\u00e9 avant de rentrer, acheter du caf\u00e9, des \u0153ufs. Un autre cygne, l\u00e0, tiens, la t\u00eate dans la pluie, le chien s&rsquo;\u00e9tait de nouveau coll\u00e9 \u00e0 la vitre, c&rsquo;\u00e9tait la ligne droite. Est-ce qu&rsquo;il reconnaissait les autres esp\u00e8ces, le chien\u00a0? Landau essaya de capter son regard, discr\u00e8tement, histoire de voir, il avait l&rsquo;air curieux, cet animal. Madame Sadier, sur la photo, avait l&rsquo;oeil nettement moins alerte. Elle n&rsquo;aurait plus rien d&rsquo;alerte d&rsquo;ici la fin de l&rsquo;apr\u00e8s-midi, de toute fa\u00e7on, Madame Sadier, il s&rsquo;\u00e9tait gar\u00e9 sur un parking de berge, relisait ses notes. Qu&rsquo;est ce qu&rsquo;il allait bien pouvoir raconter, cette fois. Une saisine familiale. Il ne les aimait pas, les familiales, on ne savait jamais bien s&rsquo;il n&rsquo;y avait pas anguille sous roche, des histoires d&rsquo;argent, de vengance suite \u00e0 des enfances trop mornes. Enfin, \u00e7a avait \u00e9t\u00e9 valid\u00e9, \u00e2ge, co\u00fbt s\u00e9curit\u00e9 sociale, tout, ce n&rsquo;\u00e9tait pas \u00e0 lui de s&rsquo;en pr\u00e9occuper, de la l\u00e9gitimit\u00e9 de l&rsquo;atterissage. Mais il allait bien falloir lui raconter quelque chose, quand m\u00eame, \u00e0 la mamie, et \u00e7a, c&rsquo;\u00e9tait pour lui. Bonjour madame, non, ce n&rsquo;est pas votre petit-fils, non, non, plus, pardon\u00a0?, non plus, et.., et puis merde, paf, voil\u00e0, \u00e7a commencait \u00e0 bien suffire l\u00e0. Il s&rsquo;\u00e9tait \u00e9chauff\u00e9 tout seul, Landau, rien qu&rsquo;\u00e0 imaginer la sc\u00e8ne, le chien grogna. \u00e7a va, le chien, \u00e7a va, l\u00e2che-moi un peu la grappe. \/ L&rsquo;entr\u00e9e de la ville \u00e9tait encombr\u00e9e de voitures, des noirs, des blanches, la route coinc\u00e9e entre des courts de tennis et des voiliers qui dormaient au bord du lac. Des enfants tiraient un d\u00e9riveur vers une zone de mise \u00e0 l&rsquo;eau, on \u00e9tait mercredi, les petites salopards, ils avaient encore du temps. Le chien s&rsquo;agitait un peu, peut-\u00eatre qu&rsquo;il aimait la nautisme. Tu aimes le nautisme, le chien? Le chien avait tourn\u00e9e la t\u00eate pour le regarder d&rsquo;un air interrogateur. Il lui tapota la t\u00eate, tu veux qu&rsquo;on s&rsquo;arr\u00eate ici (j&rsquo;en n&rsquo;ai rien \u00e0 carrer, de o\u00f9 on s&rsquo;arr\u00eate, fumier, devait penser le chien, pensa Landau)\u00a0? Et il s&rsquo;\u00e9tait gar\u00e9, braquage, contre-braquage, \u00e9pie, voil\u00e0. L&rsquo;air \u00e9tait toujours rempli de pluie et on arrivait \u00e0 peine \u00e0 voir les bateaux aux pontons, c&rsquo;\u00e9tait bien pour faire plaisir au chien, alors tu descends. Il n&rsquo;y avait personne vers les bateaux, des part-battages moisissaient dans la flotte. Encore quelques pas et des vieux surnageaient dans la brume \u00e0 travers la vitre d&rsquo;un club-house, le chien restait en arri\u00e8re, h\u00e9sitant. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas du Monsieur Kaufer, ces vieux-l\u00e0, c&rsquo;\u00e9tait du vieux dor\u00e9, bijoux, peau, \u00e7a bougeait encore bien. Il s&rsquo;arr\u00eata pour les regarder, h\u00e9sita \u00e0 rentrer, prendre un caf\u00e9, mais il y avait le chien, il poursuivit. Ils y auront droit comme les autres, les dor\u00e9s, mobiles ou pas, qu&rsquo;ils ne fassent pas les malins. Les in\u00e9galit\u00e9s sociales, il s&rsquo;en foutait un peu, mais si le programme n&rsquo;avait concern\u00e9 que les pauvres, \u00e7a l&rsquo;aurait quand m\u00eame agac\u00e9, Landau, un minimum de justice, quoi. Le chien s&rsquo;\u00e9tait rapproch\u00e9 et lui frotta la jambe, il devait avoir faim. \/ Quelqu&rsquo;un passe, quelqu&rsquo;un de petit. M\u00e9fiance, les gens petits sont m\u00e9chants, Landau montre les dents, le chien se gratte. L&rsquo;homme passe et s&rsquo;enfonce dans le brume. Le chien regardait l&rsquo;eau \u00e0 pr\u00e9sent, on avait d\u00e9pass\u00e9 la marina, la sorte de marina, Annecy, ce n&rsquo;est pas la M\u00e9dit\u00e9rann\u00e9e. C&rsquo;est lui qui avait faim, en fait, pas le chien, 11 heures trente, lev\u00e9 depuis longtemps d\u00e9j\u00e0. Ils repass\u00e8rent devant le club house, le chien et lui, lui d&rsquo;abord, le chien apr\u00e8s, et all\u00e8rent en direction de la vieille ville et de ses petits pav\u00e9s vicieux. Un groupe de touristes regardait le bateau \u00e0 touristes. Il \u00e9tait amar\u00e9 contre la vieille ville, ils \u00e9taient en polaires. \u00c7a parlait pour ne rien dire sur toute la largeur du quai, ta gueule, ta gueule vous tous. Landau baissa la t\u00eate, trop jeunes encore, ces vieux-l\u00e0. Apr\u00e8s un pont de pierre &#8211; tout \u00e9tait en pierre ici, ils en \u00e9tait tr\u00e8s fiers, de la pierre solide de montagne, granit, ou quelque chose -, c&rsquo;\u00e9tait le centre, la pluie qui \u00e9tait pass\u00e9e \u00e0 la bruine et d&rsquo;autres groupe de polaires sur petits pav\u00e9s vicieux. Le chien seul surnageait par sa bont\u00e9 de museau dans cette univers hostile. Il trottinait avec ses pattes jaunes et boue sous les arcades, regardait les vitrines. Il fallait qu&rsquo;il mange maintenant, Landau, l&rsquo;appetit \u00e9tait revenu, comme apr\u00e8s chaque atterissage. Avant ce n&rsquo;\u00e9tait pas possible, la concentration, le stress, il n&rsquo;y avait pas moyen, mais apr\u00e8s, sainte vierge, comme ils disent dans les villages alpestres. Le chien s&rsquo;\u00e9tait arr\u00eat\u00e9 devant une cr\u00e9perie. Allez, d&rsquo;accord le chien. \/\u00a0Ils \u00e9taient l\u00e0 aussi, les polaires, ils \u00e9taient partout, s\u2019assoir quand m\u00eame. Landau regardait un serveur qui regardait le chien, c\u2019\u00e9tait l\u2019expectative. C\u2019est bon, il montre une table, le chien s\u2019y dirige, Landau suit. Ils auraient d\u00fb aller pr\u00e8s du lac, \u00e0 la r\u00e9flexion, avec un petit picnic sur le P\u00e2quier, un picnic de mois de mars sous la pluie, au moins on aurait arr\u00eat\u00e9 avec l\u2019hypocrisie de la vie. Le serveur avait demand\u00e9 s\u2019il fallait une gamelle d\u2019eau pour le chien (mais quelle gamelle d\u2019eau, avec la flotte qu\u2019on se prend, tu te fous de notre gueule, devait penser le chien, pensa Landau). Non, non, pas de gamelle d\u2019eau, merci, et une compl\u00e8te. assez vite si possible, il \u00e9tait attendu. Elle n\u2019attendait rien, Mme Sadier, bien entendu, et plut\u00f4t jamais, mais les polaires le stressaient quand m\u00eame beaucoup, Landau, il \u00e9tait sensible, par moment. C\u2019\u00e9tait des vieux, \u00e9videmment, des vieux en visite, randonn\u00e9es, d\u00e9couvertes de la faune, ces trucs. C\u2019\u00e9tait des vieux de r\u00e9gion parisienne, \u00e7a, on le sentait, pas sa juridiction, ils n\u2019avaient pas de polaires d\u2019ailleurs, ils avaient des doudounes. Les doudounes italiennes avaient envahi toute l\u2019Europe \u2013 \u00e0 d\u00e9faut d\u2019avoir jamais envahi quoi que ce soit par eux-m\u00eames, ces fumiers, ils avaient au moins r\u00e9ussi \u00e7a, les Italiens -, toute sauf les Alpes, bien s\u00fbr, les Alpes, c\u2019\u00e9tait polaires. Il leur reste au moins vingt ans, \u00e0 eux, qu\u2019est ce que t\u2019en dis, le chien, on est dans la petite soixante-dizaine l\u00e0, non ? Ais\u00e9s aussi ceux-ci, comme aux bateaux, le nautique et les vieilles villes, c\u2019est toujours du ais\u00e9. Ils allaient y arriver \u00e0 coup s\u00fbr, jusqu\u2019\u00e0 la zone d\u2019atterissage. A la r\u00e9flexion, le programme, ce n\u2019\u00e9tait pas du tout \u00e9galitaire, les pauvres n\u2019atteignaient jamais l\u2019\u00e2ge pour en b\u00e9n\u00e9ficier, ils mourraient tout seul avant. Frapp\u00e9 par cette \u00e9piphanie, Landau machouilla sa cr\u00eape un peu nerveux et regarda les gens autour de lui. Le chien posa une patte sur son genou, \u00e7a alla mieux, merci titus. La cr\u00eape \u00e9tait d\u00e9gueulasse, ils sortirent rapidement. Dehors, aussi surprenant que cela puisse para\u00eetre, il pleuvait. C\u2019\u00e9tait gris et luisant sur la pierre, ils repartirent en direction de la voiture. Ils longeaient un canal vaseux aux bordures clairsem\u00e9es de d\u00e9buts de fleurs tristes quand le t\u00e9l\u00e9phone sonna. Le chien r\u00e9agit, mouvement d\u2019oreille, avant, arri\u00e8re, Landau r\u00e9pondit. C\u2019\u00e9tait Madame Sadier. Elle \u00e9tait morte. Merde, s\u00a0&lsquo;exclama Landau, mon planning. Madame Sadier venait de foutre en l\u2019air son planning. Le coll\u00e8gue qui l&rsquo;informait \u00e9tait d\u00e9sol\u00e9. Le coll\u00e8gue, dont le pseudonyme \u00e9tait Hector, mais qui en r\u00e9alit\u00e9 s\u2019appelait S\u00e9bastien Tourte, tous les agents d\u2019atterissage avaient un pseudonyme, rapport aux ennuis possibles avec la population, Landau \u00e9tait donc Achille, ils allaient toujours par deux, dans chaque r\u00e9gion, Hector et Achille partout, l\u2019administration avait voulu rester simple, dit, tu peux faire Madame Pinot \u00e0 la place. Sur quoi Achille eut envi de r\u00e9pondre, putain, tu fais chier, Hector- Tourte, je n\u2019ai m\u00eame pas pu \u00e9tudier le dossier, mais il se retint, Hector n\u2019y \u00e9tait pour rien, il fallait rester sage, ce n\u2019\u00e9tait pas pour rien que lui \u00e9tait Achille et que l&rsquo;autre n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;Hector &#8211; m\u00eame si, enfin, la hi\u00e9rachie retenue n&rsquo;engageait que l&rsquo;administraion, c\u2019\u00e9tait quand m\u00eame un grand malade, ce Achille -. Landau \u00e9tait militaire de carri\u00e8re, la mort, c\u2019\u00e9tait sa formation de d\u00e9part, Tourte n\u2019\u00e9tait que policier, Landau c\u2019\u00e9tait Achille point. Madame Pinot, madame Pinot, tu le sens, ce dossier, le chien ? Ils \u00e9taient rentr\u00e9s dans un petit supermarch\u00e9, Landau scrutait les sacs de croquettes, boeuf, tu aimes boeuf ? Mme Pinot, quel patrimoine\u00a0? Cette affaire d\u2019argent virait \u00e0 l\u2019obsession, aujourd\u2019hui, chez Landau, \u00e7a ne devait pas aller bien. Elle \u00e9tait dans le stock \u00e0 cause de \u00e7a tout de m\u00eame, le mod\u00e8le de la s\u00e9cu c\u2019\u00e9tait du rustique, pas d\u2019argent, plus de m\u00e9dicament, paf. Il tendit boeuf au chien, qui renifla, c\u2019\u00e9tait oui, et ils all\u00e8rent payer. Riches, pas riches, peu importe apr\u00e8s tout, ils \u00e9taient tous pareils, les uns avaient, les autres y pensaient, tout le monde d\u00e9clinaient, et \u00e0 la fin, ils \u00e9taient morts, les vieux avaient, c\u2019\u00e9tait atroce, le museau sale d\u2019argent. \/ Les sapins d\u00e9filaient de nouveau, ils avaient quitt\u00e9 la ville, le chien propre \u00e0 force d\u2019eau. Le museau dans le sac, il grignotait ses croquettes si\u00e8ge passager avant, Landau mangeait des biscuits. Les montagnes \u00e9taient raisonnables ici, fini les trous d\u2019Alpes et les rochers neigeux. Les gens ne valaient pas mieux pour autant, c\u2019\u00e9tait m\u00eame pire, ils voulaient l\u2019ind\u00e9pendance dans le coin, ma dai. Hector avait fait de son mieux pour lui envoyer une synth\u00e8se efficace, Madame Pinot, il la voyait bien maintenant. Il \u00e9tait bon, pour les synth\u00e8ses, Hector, c\u2019est la police \u00e7a, toujours \u00e0 taper leur paperasse, ils avaient acquis un savoir-faire, Achille, lui, il \u00e9tait nul, trop de temps entre l\u2019impulsion \u00e9lectrique et la phrase, non, lui, c\u2019\u00e9tait chtak, pouf, pif, il fallait qu\u2019il s\u2019en contente. Madame Pinot, avec sa petite moustache, \u00e7a devrait \u00eatre fait d\u2019ici une heure. Elle avait perdu son mari d\u2019un cancer et elle attendait depuis en regardant passer les camions sur la nationale. C\u2019\u00e9tait le centre du d\u00e9partement, chez Madame Pinot, vue imprenable sur la vall\u00e9e de l\u2019Arve marronasse, brume garantie toute l\u2019ann\u00e9e. Pas de chien ou autre au domicile, disait le synth\u00e8se, c\u2019\u00e9tait pr\u00e9cieux, ce genre d\u2019information, ils pouvaient \u00eatre agressifs, les animaux, la s\u00e9curit\u00e9 du fonctionnaire avant tout. On avait pris \u00e7a chez les releveurs de compteurs edf, la petite mention, ils y tenaient beaucoup, il y en a un qui s\u2019\u00e9tait fait mordre par un lapin une fois. Landau, soudain inquiet, regarda le chien. Il \u00e9tait \u00e0 moiti\u00e9 endormi la t\u00eate dans le sac de croquette. Tout va bien. \/ Comment il faisait pour s\u2019aplatir comme \u00e7a, le chien, \u00e7a ne faisait aucun angle, lui, il avait le bas du dos qui coin\u00e7ait de plus en plus, comme les labradors, peut-\u00eatre qu\u2019il finirait piqu\u00e9. Les virolets testaient la reprise de la voiture, enchainement de courbes, ils avaient attaqu\u00e9 la mont\u00e9e vers le col d\u2019Evire, des vaches suspiscieuses regardaient passer. Ne pas oublier de faire la notation d\u2019Hector un des ces jours, c\u2019\u00e9tait avant fin mars. Il \u00e9tait bien, Tourte, de la ressource, sens du service public, mais on sentait quand m\u00eame qu\u2019il avait du mal avec la partie atterissage. Il jaunissait, depuis six mois qu\u2019il \u00e9tait l\u00e0, mutation de septembre, Landau le sentait, son visage avait fondu d\u00e9j\u00e0. C\u2019\u00e9tait la montagne, aussi, \u00e7a n\u2019aidait pas, la b\u00eatise des gens, les habits, \u00e7a finissait par peser sur le teint. Peut-\u00eatre qu\u2019il fallait la leur donner, l\u2019ind\u00e9pendance, \u00e0 ces cons, effet vivifiant pour ceux qui restent. \u00e7a pourrait lui permettre d\u2019aller plus sur le Lyonnais, aussi, ses petits monts, la vall\u00e9e du Rh\u00f4ne, le sud d\u00e9j\u00e0. Faire atterrir au soleil, c\u2019\u00e9tait quand m\u00eame plus agr\u00e9able. Bon, Madame Pinot, quatre-vingt dix huit ans, jamais d\u2019emploi, pension de reversion du mari. Eh oui, l\u00e0, c\u2019est s\u00fbr, on \u00e9tait bien dans le coeur de cible, c\u2019\u00e9tait m\u00eame \u00e9tonnant qu\u2019ils n\u2019aient pas r\u00e9agi avant, \u00e0 Paris, autosaisine. Elle avait de grand yeux couleur noisette, c\u2019\u00e9tait \u00e0 peu pr\u00e8s tout ce qu\u2019il restait du visage, avec les moustaches, on aurait dit un \u00e9cureuil momifi\u00e9. Ils s&rsquo;\u00e9taient arr\u00eat\u00e9s en bord de route, le chien urinait, pas sur le voiture, titus, hein, des motos fon\u00e7aient. Il revenait maintenant, et il le caressait de nouveau, le chien, de ce geste ancestral pass\u00e9 de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, t\u00eate museau t\u00eate museau (allez, arr\u00eate, on n\u2019est pas en avance l\u00e0, devait penser le chien, pensa Landau). \/ Il va falloir aller la voir, la pie, c&rsquo;\u00e9tait pas loin de Madame Pinot, il ne pouvait pas venir si pr\u00e8s sans passer, il l&rsquo;entendait d\u00e9j\u00e0, quoi tu viens pour le travail et tu ne t&rsquo;arr\u00eates pas pour embrasser ta m\u00e8re. Ouais, quand \u00e7a t&rsquo;arrange, ta m\u00e8re. Elle croit qu&rsquo;il est garde du corps pour le rutilant genevois, sa m\u00e8re, c&rsquo;est tout ce qu&rsquo;ils avaient trouv\u00e9, \u00e0 Paris, pour les fondre un peu dans le paysage, les Hom\u00e8res, un bureau genevois, des prestations de s\u00e9curit\u00e9, les Suisses savaient, on leur faisait m\u00eame des formations en vu du lancement d&rsquo;une politique publiques similaires chez eux. \u00c7a faisait bien assez d&rsquo;une fronti\u00e8re entre elle et lui, elle aurait \u00e9t\u00e9 capable de d\u00e9barquer chaque jour pour l&#8217;emmerder avec ses biscuits. Elle allait encore lui demander s&rsquo;il voulait un th\u00e9, tiens, il dira non, maman, je n&rsquo;aime pas le th\u00e9,\u00e7a pue du cul, le th\u00e9, merde, maman, elle dira, ah bon, tu n&rsquo;aimes pas le th\u00e9, c&rsquo;est bon pourtant le th\u00e9, comme les vingt fois d&rsquo;avant, m\u00eame sans le d\u00e9boulonnage, elle n&rsquo;avait jamais r\u00e9ussi \u00e0 ce souvenir de ce qu&rsquo;il aimait ou pas, sans doute qu&rsquo;elle s&rsquo;en foutait en fait, elle avait ses id\u00e9es sur ce qu&rsquo;il fallait aimer, si on \u00e9tait \u00e0 c\u00f4t\u00e9, elle n&rsquo;entendait pas, la robe de chambre. Et puis elle allait tourner avec ses pantoufles sur le carrelage, toute petite, avec son air m\u00e9fiant, d\u00e9capsul\u00e9e comme elle commen\u00e7ait \u00e0 aller, elle finirait sans doute par lui demander qui il \u00e9tait, sainte merde, et il faudra alors l&rsquo;aider \u00e0 aller aux toilettes, sa propre m\u00e8re d\u00e9culott\u00e9e devant soi, nom de dieu, rage, d\u00e9sespoir, ennemie, Landau d\u00e9clamait, le chien le regardait perplexe, Don Di\u00e8gue encul\u00e9. \/ Ils descendaient sur la plaine maintenant, on voyait au loin, \u00e0 droite jusqu&rsquo;au resserrement de la vall\u00e9e pour la mont\u00e9e vers les m\u00e9chants pics, le mont-blanc, les drus, les pas drues, l&rsquo;aiguille verte, la bleu, la rouge, il n&rsquo;avait jamais su retenir les noms des montagnes, leur forme, des rochers avec des noms, quelle id\u00e9e aussi, \u00e0 gauche Gen\u00e8ve, la civilisation. Des bouts de brouillard flottaient, tentaient de s&rsquo;accrocher aux branches, haineux, ils perdaient de leur force. Regarde le coton, le chien, il cr\u00e8ve sur les \u00e9pines. Sa petite maman les \u00e9pines. Si tu veux parler, commence par te taire. D&rsquo;accord maman. Il d\u00e9raillait un peu, Achille, aujourd&rsquo;hui, il allait finir sous la tente si \u00e7a continuait. Le chien avait mang\u00e9 toutes les croquettes, il n&rsquo;aurait peut-\u00eatre pas d\u00fb lui laisser le sac. Madame Pinot l&rsquo;\u00e9cureuil fripp\u00e9, encore une vie passionnante, grandir dans la terre, rater toute v\u00e9rit\u00e9, se marier, avoir des enfants, les \u00e9lever, mettre la table, attendre, mort. On \u00e9tait avanc\u00e9 dans l&rsquo;inint\u00e9ressant, avec Madame Pinot, \u00e7a faisait plaisir, c&rsquo;\u00e9tait \u00e0 se rentre heureux d&rsquo;exister, par comparaison, avec une vie pleine de rebondissement, au moins on allait au supermarch\u00e9. La coordonn\u00e9es de la maison de Madame Pinot, longitude, latitude, avaient \u00e9t\u00e9 rentr\u00e9es dans le gps, on approchait (musique sourde). Ils travers\u00e8rent le bourg \u00e0 un train de s\u00e9nateur, histoire de voir un peu, la halle centrale, l&rsquo;architecture sarde de l&rsquo;h\u00f4tel de ville, les arcades, ils \u00e9taient m\u00eame arr\u00eat\u00e9s, pour tout dire, c&rsquo;\u00e9tait jour de march\u00e9, il y avait des gens partout, des blonds hostiles, des bruns nerveux, des femmes \u00e0 cabas aux gorges basses, c&rsquo;\u00e9tait m\u00e9di\u00e9val. Landau, inquiet, cherchait les soldats, les chevaux. Il ne vit que le chien, qui avait fini par r\u00e9gurgiter les croquettes dans un filet de bile jaun\u00e2tre, oh non, merde, titus. \/ Et il flotte de nouveau, ils s&rsquo;engagent, le chien, la voiture et lui, dans le chemin qui descend vers la ferme, car c&rsquo;est une ferme, la maison de madame Pinot, \u00e0 n&rsquo;en pas douter, une ferme sans animaux donc, \u00e9trange ferme. Le chien, piteux, n&rsquo;ose pas bouger une oreille, ils s&rsquo;arr\u00eatent le long d&rsquo;un petit muret cr\u00e9pis, des clapiers vides les regardent depuis l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;une cour herbeuse. Il n&rsquo;est pas utile d&rsquo;aller la chercher, madame Pinot, elle est l\u00e0, devant l&rsquo;entr\u00e9e, avec ses pantoufles \u00e9cras\u00e9es \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re et sa t\u00eate d&rsquo;\u00e9cureuil, les grands yeux noirs le regardent fixe, elle ne bouge pas. Elle est abrit\u00e9e de la pluie par l&rsquo;avanc\u00e9e du toit, un horrible toit d&rsquo;ici, ses quatre pans \u00e9cras\u00e9s d&rsquo;angoisse, lui pas, il est debout, de l&rsquo;eau plein la gueule, le chien a la visage mouill\u00e9. Landau s&rsquo;avance en direction de madame Pinot, les pieds l\u00e9gers, le chien va voir les clapiers. Ils entrent dans la maison, c&rsquo;est pour le recensement, a-t-il dit, il est oblig\u00e9 de mentir un peu au d\u00e9but, pour l&rsquo;acc\u00e8s. Elle lui demande s&rsquo;il ne veut pas faire entrer son chien, il dit non, c&rsquo;est un chien de plein air, il aime \u00eatre expos\u00e9 aux \u00e9l\u00e9ments (putain, n&rsquo;importe quoi, faites-moi entrer, devait penser le chien, pensa Landau). Elle a pos\u00e9 un caf\u00e9 sur la toile cir\u00e9e jaune, c&rsquo;est encore plus laid que chez monsieur Kaufer, les parois sont couvertes de lambris sournois, des tableaux de l&rsquo;alpes crient de partout. Et il commence \u00e0 lui expliquer. L&rsquo;atterissage, le principe, un petit topo sur la s\u00e9curit\u00e9 sociale, la d\u00e9mographie, l&rsquo;\u00e9quilibre des comptes. Elle continue de le regarder fixe, est-ce qu&rsquo;elle comprend seulement quelque chose. Elle fuit son regarde \u00e0 pr\u00e9sent, frotte avec son \u00e9ponge, il en est \u00e0 la pyramide des \u00e2ges qui s&rsquo;\u00e9largit dangereusement vers le haut, risque d&rsquo;\u00e9croulement, les pyramides, c&rsquo;est fait pour finir en pointe, madame.Il la fait assoir, pour qu&rsquo;elle arr\u00eate de frotter, on dirait sa m\u00e8re, mais elle continue sur la table. Il lui demande si elle croit en Dieu, elle ne dit rien. C&rsquo;est toujours pareil, avec les tr\u00e8s vieux, ils ont d\u00e9j\u00e0 remball\u00e9 la sono, il n&rsquo;y a pas moyen de discuter, il faudrait faire \u00e7a au fusil \u00e0 lunettes. Dieu, c&rsquo;est pratique, pour amorcer sur le d\u00e9licat, c&rsquo;est un argument pour \u00e9viter de dramatiser, ben alors, mamie, si vous croyez, c&rsquo;est tout bon, on va faire \u00e7a tranquillement. Il va allumer un vieux transistor qui se trouve pr\u00e8s de l&rsquo;\u00e9vier, peut-\u00eatre que \u00e7a la tranquilisera. Il fait un nouveau tour dans la maison, la laisse frotter la toile cir\u00e9e, un renard empaill\u00e9 tient sur le meuble du salon, il a le regard vitreux, un biche en procelaine laqu\u00e9e verte lui fait face depuis la table, bont\u00e9 divine, la porcelaine laqu\u00e9e, c&rsquo;est son ennemi intime, \u00e0 Achille. Les pieds d\u00e9j\u00e0 plus lourds, il revient dans la cuisine, fait le tour de la table, reprend sa place. Elle lui demande s&rsquo;il veut encore du caf\u00e9, elle est jolie, c&rsquo;est bien triste. Landau lui demande si elle a des enfants, de petits-enfants, il le sait, mais il faut quand m\u00eame \u00eatre civil, faire la conversation un minimum. Elle frotte autour de sa tasse. Si on est trop jeune on ne juge pas bien, trop vieil de m\u00eame. Ce fumier de Blaise Pascal, avec ses fragments \u00e0 la con, il aurait bien aim\u00e9 l&rsquo;y voir. Bon, madame Pinot, vous ne voulez pas aller faire pipi, on va faire un tour \u00e0 la salle de bain ? En m\u00eame temps, il pouvait lui laisser cinq minutes, on n&rsquo;\u00e9tait pas au pi\u00e8ce. Autant continuer \u00e0 lui parler, m\u00eame si elle n&rsquo;entendait rien, Madame Pinot, il faut faire \u00e7a, c&rsquo;est pour le bien collectif, vous voyez. Vous en avec bien profiter quand m\u00eame, l\u00e0, avec vos moutons que vous avez d\u00fb avoir, les animaux, hein. Et joli, la montagne qu&rsquo;on voit de chez vous, soixante ans que vous voyez la montagne (mais comment vous avez tenu, devait penser Landau, pensa Landau).\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Monsieur Kaufer gisait dans sa baignoire comme un vieux flan jauni. Il avait l&rsquo;air plus calme maintenant. 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